Voile, foulard & Cie

Couverture du corps et des cheveux vue par des musulmanes


Les féministes de culture musulmane se rejoignent toutes sur la raison donnée par l'islam du port du foulard et de ses déclinaisons, dont le niqab. Leurs convictions sont aussi les nôtres.

Foulard

 

Joumana Haddad, Libanaise:

Le voile n'est pas comme certaines essaient de le défendre, l'expression d'une diversité culturelle, mais bel et bien un outil de différenciation et de discrimination religieux, du simple fait qu'il est imposé strictement aux femmes et qu'il n'existe pas une expression culturelle équivalente pour l'homme musulman.

Elham al Manea, Suissesse et Yéménite:

Le hidjab reflète une idéologie politico-religieuses qui désigne la femme «comme source de vice dont il faut protéger l’homme en la rendant responsable de la séduction qu’elle exerce sur de pauvres êtres faibles. (…) C’est une idéologie qui considère l’homme comme un animal enragé, avide de chair féminine et incapable de maîtriser ses pulsions. Je n’ai jamais compris en quoi la femme était libre de son choix quand le discours qu’on lui tient dit en substance: si tu ne portes pas le voile, tu iras en enfer, à toi de choisir!»

 

Abnousse Shalmani, Franco-Iranienne:

 

(…) dans l’espace musulman, le corps de la femme est obsessionnel. Dès que des barbus prennent le pouvoir, la première loi qu’ils votent est le port du voile obligatoire. Comme si, tant que le corps des femmes est en liberté, leur pouvoir était en danger. De plus, voiler le corps des femmes (et des petites filles) est aussi le moyen le plus visible de se faire (re)connaître comme musulmans.


En voulant couvrir la femme de pudeur, les barbus ont sexualisé à outrance le corps des femmes. L’obscénité du corps féminin est d’autant plus visible qu’il est recouvert.
Le voile est le symbole de l’inégalité homme-femme. Le voile n’est pas seulement un droit. Cela sous-entend une série de convictions qui sont incompatibles avec la République et la démocratie. (…) Que certains utilisent un discours où il est question de liberté pour défendre un voile qui instaure la discrimination, c’est absurde.

Monia Sanekli, Tunisienne:

Les gens qui couvrent le corps de la femme veulent dire implicitement que celui-ci est un péché, qu’il relève d’une nature médiocre qui ne mérite aucun respect. Cela veut dire aussi que le corps de l’être humain n’est pas la base de sa vie. Donc ce voile est une condamnation du désir féminin comme du désir masculin. Ainsi le corps est devenu interdit. Le message du voile est très clair: il annonce la mort du corps. (…) Oui, l’idée du voile suppose évidemment l’existence d’un mâle, soit incapable de contrôler ses instincts, soit sexuellement impuissant.

Raja Ben Slama, Tunisienne:

Chez ces névrosés, la femme est très désirée et en même temps détestée. D’où la peur des femmes et le désir de les voiler, tout en les désirant fortement, de les utiliser comme objets de plaisir, et de se laver ensuite pour revenir à la propreté et la pureté, ainsi de suite… Le névrosé, c’est exactement celui qui dit ou pense que «toutes les femmes sont des putes sauf ma mère».

Saïda Keller Messahli, Helvético-Tunisienne:

Si on veut mener un débat substantiel sur le voile, il est indispensable de parler de sexualité. Les jihadistes, dont la première cible est le corps des femmes, le confirment. C’est un symptôme de notre temps, ces tabous qu'on n'ose pas discuter, ces sujets refoulés qui tournent autour des rapports entre hommes et femmes. (…) Cette injonction à se couvrir est un terrain propice à la régression.

Chahdortt Djavann, Franco-Iranienne:

La servitude n’est ni moins haïssable ni moins condamnable quand elle se dit ou se croit volontaire. » (…) « Parler de foulard, de bandeau n’est qu’une lâcheté sémantique, c’est une misérable ruse rhétorique. De plus porter le foulard, ici, est un appui aux dictatures islamistes qui imposent la burqa là-bas. Le voile est l’emblème même du dogme islamiste. L’islam peut tout à fait vivre sans, mais il n’y a pas de pays islamistes sans le voile.


Pourquoi le supporte-t-on [en Europe]? Au nom de la différence culturelle? Pourquoi ne pas accepter la lapidation et l’excision en ce cas? Dans tous les pays musulmans, il y a des mariages de jeunes mineures avec des messieurs vieillissants. C’est une différence culturelle, n’est-ce pas? Mais ici elle est considérée comme un délit: la pédophilie. Qu’en pensent ces intellectuels et les islamologues?

Foulard des fillettes

Saïda Keller Messahli:

Il faudrait que les autorités aient le courage de dire qu'à l'école, filles et garçons doivent être traités de manière égale. Donnons cette chance d’égalité aux filles, car elles ne l’apprendront pas dans leur famille. Donnons-leur la chance de comprendre qu'elles ne doivent pas se soumettre aux autres diktats religieux de leurs parents. Aidons-les à gagner de la force pour faire face! Ce sont ces milieux qui ont tendance par exemple à marier leurs filles contre leur volonté.

Abnousse Shalmani, Franco-Iranienne:

Qu’y a-t-il de si dangereux dans le corps d’une petite fille pour le recouvrir ainsi? De quoi ont-ils si peur? En recouvrant les petites filles comme des femmes, en plaçant leur corps au même niveau que celui des femmes, le voile les sexualise. Un corps qui doit être recouvert, c’est un corps qui peut inspirer la concupiscence.

Zineb El Rahzoui, Marocaine:

Le voile, une liberté parmi d'autres? «C’est un vrai sophisme, car le voile lui-même est contraire à toute liberté personnelle. Peut-on oser parler de liberté quand il s’agit d’adolescentes et de très jeunes filles de moins de 10 ans! Peut-on évoquer une quelconque spiritualité à cet âge-là? Et ce n’est pas que ça, regardez par exemple comment les jeunes musulmans d’Occident sacralisent la virginité, au moment où les jeunes ont dépassé cela au Maroc!»

Niqab

Joumana Haddad

Cette hypersexualisation de la femme représentée par le voile, ou pire par la burqa, est à l'image de l'hypersexualisation de la femme Playboy. Et le comble, c'est que les féministes arabes qui osent soulever ces sujets tabous sont toujours accusées d'être influencées par un féminisme "occidentaliste" et "blanc" et ce afin de les marginaliser, d'étouffer leurs voix et de minimiser leur importance. Les droits humains sont universels, ils ne sont pas le monopole de l'Occident.

Saïda Keller-Messahli:

C’est la même problématique que le foulard, mais l’étoffe est plus longue, et la signification plus grave. C’est une manière de nier l’existence physique de la femme, son individualité. Elle devient une forme sans identité. Pour moi ce niqab, généralement noir, est presque un symbole de mort… en tout cas de mort sociale de la femme.

Les citations sont empruntées à l'ouvrage de Hamid Zanaz, « Non! Nos voix ne sont pas une honte », Les Editions de Paris, 2015; à «Boulevard de l'islamisme» de Mireille Vallette, et à une interview de Saïda Keller-Messahli.