Islam et islamisme

 photo df islamisme Dictionnaire 1880

Extrait du Dictionnaire général de biographie et d'histoire, Dezobry et Bachelet, France, 1880

 

Quels liens entre islam et islamisme ?

 

 « Les organisations islamiques (…) mettent l’emphase sur la charia, et c’est bien pour cela qu’il est si difficile de séparer « islam » et « islamisme ». Le rejet de la laïcité et de la culture occidentale par l’islam est plus qu'un volet militant ; il constitue l’essence même de la politique de presque toutes les institutions musulmanes. » 
Necla Kelek, sociologue allemande d’origine turque

 

Nous affirmons dans notre charte qu’il n’existe « pas de cloisonnement étanche entre islam et islamisme ». Est-ce à dire que nous mettons sur le même plan le musulman uniquement en recherche de spiritualité et le terroriste islamiste ? Évidemment non.

Les personnes imprégnées de culture musulmane ne devraient pas se sentir attaquées par l'ASVI. Nous croyons à l’intelligence et au libre arbitre des êtres humains. Nous pensons que toute personne de culture ou de religion musulmane n’est pas un terroriste en puissance, ni naturellement animée d’une haine envers les individus ou communautés ayant d’autres valeurs que celles de l’islam.

Notre critique s’adresse à la forte composante idéologique de l’islam ainsi qu’à ses activistes.

Critiquer une idéologie c’est forcément interpeller les personnes qui s'en réclament, et c’est refuser de les considérer comme irresponsables et incapables de discernement.

« L’islamisme n'est pas l’islam », entend-on souvent. Peut-on se satisfaire d’une telle affirmation ?
Le mot « islamisme » est censé qualifier une tendance radicale, voire violente, de l’islam. Il est utilisé comme synonyme de « fondamentalisme », « extrémisme » ou « intégrisme » musulman, ou encore d’  « islam politique », « littéral », « conservateur », « orthodoxe »…

 

Un islam « modéré » ?

A cet islamisme, on oppose souvent « islam modéré », « islam du juste milieu », ou encore « vrai islam », sans définir ces expressions qui se veulent rassurantes. Mais que désignent-elles réellement ? Pratique individuelle de la religion ? Foi ? Spiritualité ? Islam « light » ? Islam non pratiqué ? L’islam dans un pays non musulman devient-il automatiquement «modéré » ?

Il faut en tout cas reconnaître que l’expression « islam modéré » suppose que l’islam ne l’est pas spontanément.

Il n’est par exemple pas besoin d’ajouter cet adjectif au mot « christianisme » ou au mot «bouddhisme ».

La plupart des personnalités qui s'expriment sur le sujet dédouanent l’islam en désignant des sources extérieures comme responsables de ses manifestations violentes :
- ce serait internet, et non certains imams, qui provoquerait la radicalisation d’une partie des jeunes musulmans,
- ceux-ci seraient victimes d’une sorte de secte et non d’une idéologie religieuse,
- ce seraient seulement « les salafistes », « l’Arabie Saoudite » ou « les imams importés », la misère sociale ou même le « racisme » des sociétés occidentales etc., qui poseraient problème.

On trouve la même confusion chez Daniel Pipes qui, dans sa préface au livre d’A-M. Delcambre, « Soufi ou mufti ? », en 2007, déclarait : « … on voit que la crise actuelle ne prendra fin que si une forme modérée d'islam vient remplacer la version virulente qui prédomine en ce moment ».

Certains observateurs vont même jusqu'à dire qu’il faudrait « davantage d’islam » pour contrer l’extrémisme islamique en Europe !

Justement, nous pensons qu’il est vain de vouloir distinguer un islam modéré par nature d’un islam radical par nature. D'ailleurs, dans la langue arabe, il n'y a pas de différence entre les deux notions. Cette distinction artificielle n'est faite qu'en Occident, et seulement depuis quelques décennies. Il serait plus judicieux de dire que I’islam peut être modérément appliqué ou radicalement appliqué. Lui-même repose sur des fondements que nous considérons comme radicaux, c’est-à-dire inacceptable au regard des principes régissant les sociétés occidentales.

Le degré de radicalité se trouve dans l’application des préceptes faite par les personnes qui se réclament de cette religion ou qui ont hérité de cette culture. Radicalité notamment en ce qui concerne la place de la femme, l’inégalité entre les êtres humains, l’absence de liberté de conscience. Le Coran, son livre fondateur, appelle à taxer et à humilier les « Gens du Livre » (juifs et chrétiens) et à tuer les autres, les condamne tous à l’enfer, admet l’esclavage. Or, considéré comme parfait et incréé, le Coran ne peut être interprété pour être adapté aux principes humanistes.

 

L’esprit de l’islam engendre la violence

Nous rejoignons la pensée du philosophe André Comte-Sponville qui trouve normal de rechercher dans l’islam les causes de l’« islamisme », au même titre qu’on a cherché dans le christianisme les causes de l'Inquisition et dans le marxisme les causes du stalinisme (André Comte-Sponville dans L’information immobilière n° 117).

L’islamisme est à l’islam ce que le fruit est à l’arbre.

Les exigences de l’islam concernant le statut de la femme, des apostats et des non-musulmans, ainsi que son esprit de conquête, constituent une violence morale, source de toutes les violences physiques et psychiques qui se manifestent en son nom.
Que les musulmans en soient les premières victimes ne change rien à la gravité du danger. Il serait temps de se libérer du joug de cette idéologie.

 

L’islam est-il « manipulé » ?

On entend souvent dire que l’islam est manipulé par des forces qui lui sont extérieures.
D’ailleurs, Wikipédia mentionne cette définition de l'islamisme :
« idéologie manipulant l’islam en vue d’un projet politique ».

En ce cas pourquoi, aujourd’hui, les personnes animées d’un désir de pouvoir, de revanche ou de violence se réclament-elles si souvent de l’islam ? N’est-ce pas parce que ses textes fondateurs fournissent les justifications (volonté d’Allah, légitime défense contre les incroyants) et les outils (contrôle de la communauté, désignation d’ennemis) permettant d'imposer un totalitarisme théocratique ? Nous pensons que l’islam n’est alors pas manipulé, mais simplement appliqué.

 

L’islam n’admet pas la laïcité

L’islam est une religion de visibilité, c’est-à-dire dans laquelle il est important d’arborer des signes extérieurs conformes à ses préceptes. Cela permet le contrôle de l'individu par la communauté. Le prosélytisme fait partie des injonctions islamiques. Les revendications des associations musulmanes et des imams en sont directement inspirées. Ces revendications ne sont pas le fait d’un « islam modéré ». Elles visent à entretenir l’orthodoxie islamique, qui n’autorise pas le développement d’un esprit laïc.

 

Musulmans et islamistes

Le mot « musulman » recouvre une réalité complexe concernant des personnes très variées mais qui ont pour point commun d’appartenir, de manière plus ou moins volontaire, à l’islam. Une personne issue d’un pays musulman et n’ayant pas fait un choix libre d’affiliation à l’islam ne devrait pas automatiquement être considérée comme de religion musulmane. Nous refusons l’amalgame entre religion et nationalité.

L’« islamiste », lui, peut être défini comme un musulman militant.

L’amalgame entre musulmans dogmatiques et musulmans de culture est regrettable. Cette confusion est entretenue par le fait que l’écrasante majorité des pays musulmans est non laïque et que l’adhésion à l’islam y est quasi obligatoire. De par la nature même de l’islam qui s’impose dans tous les domaines de la vie, l’individu l’intériorise comme l’élément essentiel de son identité.

 

Qui sont les « musulmans modérés » ?

Nous sommes convaincus que la plupart des êtres humains souhaitent la paix et aspirent à des relations harmonieuses les uns avec les autres. C’est le cas, d’après Saïda Keller-Messahli (présidente du Forum pour un islam progressiste), de la grande majorité des musulmans vivant en Suisse, la « grande majorité silencieuse » qui ne s'intéresse pas à la politique et ne recherche pas la visibilité.

Le silence de la grande majorité des musulmans vivant en Suisse sur les succès des revendications rétrogrades d’une minorité crée pourtant un malaise. Il est difficile de savoir dans quelle mesure c'est une réelle indifférence, la peur de déplaire à leur communauté ou une défiance vis-à-vis de la société, ou encore l’approbation secrète du radicalisme, qui explique leur mutisme.

La crainte de déplaire aux responsables religieux montre bien l’emprise de ceux-ci sur les esprits. Le fait que les ex-musulmans aient peur de faire état de leur « apostasie » est à cet égard éloquent.

Ceux que l’on appelle « musulmans modérés » dans le sens de « laïcs » ou « humanistes » sont en fait des personnes qui prennent des libertés avec les préceptes de l’islam. Une réforme institutionnelle de celui-ci étant interdite par le dogme de la perfection du Coran, ces personnes désireuses de s’intégrer dans une société européenne n’ont d’autre choix qu’une interprétation individuelle et dans la discrétion. Parfois, elles sont mêmes venues chercher dans nos contrées une vie libre et laïque.

Nous pensons que la cohabitation pacifique régnant en Suisse est favorisée surtout par les valeurs humanistes institutionnalisées qui y prévalent.
C’est justement pour le maintien de ces valeurs que s’engage l’ASVI.

Quoi qu’il en soit, l’existence de « musulmans modérés » passifs parallèlement à celle de musulmans activistes n'est pas le signe de l’absence de problème. On ne peut que constater l’impuissance des premiers à empêcher les seconds de mener leurs offensives antidémocratiques. En Suisse, une Association des musulmans pour la laïcité, fondée en 2006, n’a plus donné signe d'activité depuis. Le Forum pour un islam progressiste, souvent mis en avant par les médias, et qui préconise une réforme de l’islam, rassemble un nombre minime de musulmans et les mosquées se gardent bien d’inviter sa présidente à l’un de leurs multiples débats et conférences.

Les musulmans humanistes ne s’imposeront que si les démocraties européennes font preuve d’une fermeté sans faille à l’encontre des activistes.

 

Une nécessaire vigilance vis-à-vis des responsables religieux

Si nous faisons la différence entre l’islam et les musulmans, il est difficile de critiquer une idéologie sans critiquer les personnes qui la promeuvent activement : associations et imams.

Il est dangereux de fermer les yeux sur le fait qu’en Suisse, de nombreux porte-paroles professent des idées en opposition avec les principes fondamentaux de notre démocratie.

Un exemple parmi d’autres : dans l’émission de la télévision suisse romande « Mon imam chez les Helvètes » du 30 avril 2015, sur quatre imams interrogés, trois ont refusé de répondre à la question de savoir s’ils étaient pour ou contre la lapidation. Au moins deux ont refusé de livrer leur position sur la polygamie. Ces imams ne sont pourtant pas connus pour leur extrémisme. L’un d’eux est même présenté par le journaliste comme faisant partie « de ces religieux qui tentent d'accommoder l'islam à la société laïque d'aujourd'hui ».

 

Conclusion :

Nous pensons que

- si l’islam n’est pas exactement l’islamisme, le second accompagne quasiment toujours le premier ;

- il existe des musulmans modérés (non violents, partageant nos valeurs, partisans d’une pratique privée de la religion) mais que l’islam lui-même n’est pas modéré ;

- les « musulmans modérés » sont des musulmans qui n’appliquent qu’une partie des préceptes de l’islam, mais qui ne peuvent ou ne veulent pas le dire ouvertement ;

- en Europe, la majorité des musulmans est pacifique malgré l’islam et non grâce à l’islam ;

- en l’absence de fermeté de la part de nos autorités, l’influence des radicaux et des militants continuera inexorablement à se renforcer.

Nous préconisons donc que les autorités suisses fassent preuve de vigilance envers les organisations religieuses islamiques présentes dans notre pays, et de détermination ferme pour protéger les acquis démocratiques. Les musulmans humanistes en seraient les premiers bénéficiaires.

 

Lire aussi :

Propositions concrètes de l’ASVI